Cancer : un remède venu de Chine ?

La scutellaire du lac Baïkal est une plante utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise depuis des siècles. Elle produit des composés qui pourraient aider à traiter le cancer et des maladies du foie. Des scientifiques ont élucidé la voie de fabrication de ces molécules.

Pied de Scutellaria baicalensis (Corée)

Pied de Scutellaria baicalensis (Corée)

La scutellaire du lac Baïkal, Scutellaria baicalensis, constitue la base du remède Huang-Qin, un traitement traditionnel pour la fièvre et les problèmes de foie et de poumon. Celui-ci a été cité pour la première fois dans le Shennong Bencaojing, écrit entre 200 et 300 après J.-C. Le Materia Medica, rédigé en 1593, décrit également l’utilisation de cette plante pour le traitement de différents troubles.

Scutellaria est riche en flavones, des flavonoîdes courants chez les plantes et généralement produits par les fleurs où elles servent de « copigments » avec les anthocyanes. Par exemple, les flavones participent à la coloration bleue de la gentiane. Les racines de Huang-Qin contiennent deux flavones bénéfiques : la wogonine et la baicaléine. In vitro, ces flavones induisent l’apoptose ( L’apoptose est le processus par lequel des cellules déclenchent leur auto-destruction en réponse à un signal ) de cellules tumorales humaines ; dans des modèles animaux, elles inhibent la croissance des tumeurs.

Ces molécules pourraient donc servir à des traitements contre le cancer. Elles sont d’autant plus intéressantes que les recherches sur des cellules cultivées en laboratoire ont montré qu’elles détruisent les cellules cancéreuses en laissant intactes les cellules saines. Les flavones de la racine de la plante ont aussi des bénéfices antiviraux et antioxydants.
Toutefois, ces deux flavones extraites de S. baicalensis ont pour particularité, comparées à d’autres flavones classiques, de ne pas avoir un certain groupement –OH dans leur structure. Cathie Martin, du centre John Innes, à Norwich, au Royaume-Uni, explique :     « De nombreuses flavones sont synthétisées à l’aide d’un composé appelé naringénine comme bloc de construction. Mais la naringénine a ce groupe -OH attaché à elle, et il n’y a pas d’enzyme connue qui va l’enlever pour produire les flavones que nous trouvons dans les racines de Huang-Qin ». Les chercheurs se demandaient donc comment la plante pouvait fabriquer de telles molécules.

En travaillant en collaboration avec des scientifiques chinois, l’équipe de Cathie Martin a identifié une nouvelle voie de synthèse biochimique pour ces flavones. Elle a mis en évidence de nouvelles enzymes et un autre bloc de construction : la chrysine. Un composé joue un rôle intermédiaire important : la pinocembrine. Cette nouvelle voie de synthèse est présentée dans un article paru dans Science Advances.
Ces travaux pourraient permettre de fabriquer ces flavones et de tester leur potentiel médical. Cet attrait soudain pour la médecine traditionnelle chinoise semble lié au Prix Nobel de médecine 2015 attribué à la découverte de l’artémisinine, un antipaludéen issu d’une plante chinoise : « Il est enthousiasmant de considérer que les plantes qui ont été utilisées comme remèdes traditionnels chinois pendant des milliers d’années peuvent conduire à des médicaments modernes efficaces ».

Source : Le 12/04/2016 à 13:30 – Marie-Céline Jacquier, Futura-Sciences
Crédit photo : By Dalgial (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Société, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *