Abeilles : Elles effrayent les chenilles et protègent les cultures

Quand elles survolent bruyamment la végétation, les abeilles font très peur aux chenilles, qui les confondent avec des guêpes, leur ennemi juré. Ces dévoreuses de feuilles s’immobilisent ou finissent par déguerpir. Conclusion logique : les abeilles protègent les cultures.

Spodoptera exigua

Spodoptera exigua

Deux chercheurs allemands viennent d’en faire la démonstration. 

Les chenilles ont des oreilles, ou plus précisément un certain sens de l’audition. Leur fragile tégument est recouvert de poils qui vibrent quand passe une onde sonore. La fréquence de résonance est ajustée sur celle du bourdonnement des guêpes, leurs prédateurs habituels. Le bruit d’une abeille étant très semblable, quel effet aurait sur des chenilles le vol continuel de patrouilles bourdonnant autour de leur ruche ? C’est la question que se sont posée Jürgen Tautz et Michael Rostás, deux biologistes de l’université de Würzburg. Vu les dégâts provoqués sur les cultures par les chenilles croqueuses de feuilles ou de fruits, cette interrogation pouvait être d’un certain intérêt.

La réponse semble être oui, d’après l’étude publiée dans la revue Current Biology. Deux plants de poivrons ont été installés sous deux grandes tentes isolées de l’extérieur et les chercheurs ont introduit dans chacune dix chenilles de Spodoptera exigua. Avant qu’il devienne un papillon, cet insecte se nourrit des feuilles et provoque des ravages dans les cultures, en particulier de betteraves. Son nom anglais est d’ailleurs beet armyworm, le ver armé de la betterave.

L’une des tentes disposait d’une ouverture reliée à une ruche et des produits sucrés attiraient les abeilles à l’intérieur. Le rôle indirect des abeilles sur la croissance des plantes est méconnu. Au bout de deux semaines, le verdict est tombé, sans appel. Les plants survolés par les abeilles avaient subi trois fois moins de dommages que les poivrons de la tente de contrôle. Une seconde expérience menée avec des plants de soja a conduit aux mêmes résultats. Lorsque des guêpes approchent, les chenilles s’immobilisent complètement ou se laissent tomber au pied du plant pour éviter de se faire dévorer. La présence constante des abeilles entrave donc fortement l’activité des chenilles.

Voilà un argument de plus pour se préoccuper des réductions d’effectifs observées dans plusieurs pays des abeilles domestiquent, mais aussi sauvages. Il existe 20.000 espèces d’abeilles dans le monde (et un millier en France) et bien d’autres espèces d’insectes ont aussi un rôle de pollinisation. On estime que 80% des plantes à fleurs en sont dépendantes. Parmi les espèces cultivées, seules 25% ne dépendent pas des insectes (surtout les céréales). Au total, nous expliquait Bernard Vaissière, chercheur à l’Inra et spécialiste de la pollinisation, « 35% de la production mondiale de nourriture dépend des insectes pollinisateurs ». Pourtant, les efforts de recherche pour mieux comprendre cette fonction de pollinisation sont bien faibles et ce rôle des insectes est finalement mal connu. Aujourd’hui, le résultat de ces deux biologistes allemands démontre que cette fonction directe sur la reproduction des plantes n’est pas la seule à mettre à l’actif des insectes, ce que l’on suspectait déjà. « Les effets indirects des insectes pollinisateurs sont jusque-là restés mal connus » expliquent les chercheurs dans l’article de Current Biology. Un beau sujet de travail pour les biologistes…

Source : Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences
Crédit photo : See page for author [CC BY 2.5 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.5)], via Wikimedia Commons
Ce contenu a été publié dans Alimentation, Ecologie, Vie animale, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *